Bye, ma Saint-Vallier

Bye, ma Saint-Vallier

Ce matin, j’ai traversé ma Saint-Vallier, mais à l’envers. De Dollard à Verret, de François à la Chouette, j’ai repassé le fil des années comme on regarde un chez-soi étranger. Ça sentait le lilas; les gens étaient différents. À coups de pédales déterminés, je me suis rendue à cet appartement, celui qui l’aimait tant.

Saint-Vallier m’avait flushé mais la toilette était bouchée alors ça a débordé. Je suis revenue pour nettoyer.

Et ça sentait le vide.

Alors, j’ai abandonné ma tortueuse derrière moi; j’étais prête. Je suis passée devant Louise Anna et Lafayette, j’ai traversé mes guerres en suivant Napoléon puis j’ai vu mon ange qui se balançait dans le vent parmi les enfants.

Elle était à pieds; pas pressée, pour plus apprécier. Je l’ai entraînée dans la petite porte clôturée en faisant attention de pas davantage m’écorcher et devant le tunnel nous nous sommes retrouvées.

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J’ai dit bye à Saint-Vallier, pis à elle, pis à elle, pis à l’autre aussi. Je me suis retournée vers le noir aspirant, et j’ai avancé. Marchant au travers des débris, de la boue et des souvenirs éparpillés un peu partout, je fixais la lumière, celle qui était au bout.

Au début je m’enfargeais beaucoup; mes pieds étaient pas habitués. Mon fardeau faisait beaucoup de bruit pour rien; alors je m’arrêtais, et le silence j'appréciais. Parfois, j’entendais la vie passer au-dessus de ma tête à grande vitesse; j’étais dans un non-lieu.

J’avançais, mais mes pieds se sont enfoncés. C’était vaseux, ça a laissé des marques. J’ai ri.

Arrivée à mi-chemin, le noir était à son plus dense ; alors, mon ange a fait de la lumière. Je l’ai suivie. Puis, la petite chute d’eau s’est présentée, elle m’a mouillée, ça m’a pas dérangée.

C’était nécessaire.

Puis la vie m’a appelé jusque dans mon tunnel; on ne s’en sauve jamais complètement. Frustration, injustice, incompréhension. Mais j’ai fait avec, et j’ai continué. Dans l’obscurité les démons prennent la forme qu’on leur donne, de toute façon.

Et alors. Et alors, j’ai cru entendre un train. J’ai accéléré, j’ai ressenti un sentiment d’urgence; je devais m’en sortir.

Mais l’urgence fut vite dissipée ; je n’étais pas seule. Ainsi le calme revint, la lumière se rapprochait, je la fixais.

Et pendant un instant, cette lumière au bout du tunnel, elle m’angoissait, j’avais pas envie de la rejoindre, je voulais rester où j’étais, c’était frais humide et rond, j’étais dans le ventre de la Mère et j’étais poupon. J’étais bien, je le croyais, du moins.

Mais j’ai continué, j’ai avancé.

J’ai pris le devant même, mon ange était derrière, je suis arrivée au bout, j’ai regardé en arrière.

J’ai réussi.

J’étais maintenant dans la verdure, le chemin de fer fleurissait, les déchets étaient derrière, le soleil me souriait.

Alors je fis l’ascension de la côte Gilmour, l’eau était en bas avec le bateau, mais non je ne m’y noierai plus de l’intérieur, non je ne serai plus bloquée sur l’eau.

J’avance vers le haut.

Car aujourd’hui, j’ai dit bye à Saint-Vallier, et même si elle est revenue me chercher jusque dans mon Faubourg, et bien il était trop tard, mes lèvres étaient à nouveau rougies, et puis elle n’est plus mienne, c’est sa Saint-Vallier désormais et c’est ok, c’est ok et puis demain je serai avion par-dessus les nuages,  c’est ok car je sais que je chanterai, c’est ok car je sais que tout va bien aller.

Et toi, mon Saint-Sauveur… Toi, ne t’inquiète pas. À mon retour, on se retrouvera parfois, tu me diras que j’ai changé, je te dirai que toi aussi, je vais peut-être même t’en remercier, et on rira de tes détours et de ton cours d’eau, de tes défauts et de tes fardeaux, et puis je te consolerai, et alors je te regarderai dans le blanc des yeux, et puis je t’assurerai que même si ta rue principale m’a rejetée, je ne cesserai jamais de t’aimer.

Bye bye, ma Saint-Vallier